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Hospitalisé pour une troisième récidive, Philippe nous partage sa philosophie de vie pour vivre avec la maladie, "plutôt qu’attendre d’en être guéri pour continuer à vivre".

Philippe Gourdin, vivre avec la maladie

Bonjour Philippe, à l’heure où je m’adresse à toi, tu es de nouveau hospitalisé pour une troisième récidive de la leucémie. Comment tiens-tu le coup ?

Ce que j’ai dit à mon médecin, c’est qu’une première récidive, c’est l’effondrement absolu, parce que l’on revisualise immédiatement ce que l’on a déjà enduré et que l’on ne voudrait pas revivre.
Pour la deuxième rechute, dans mon cas c’était « techniquement impossible »… mais je l’ai fait ! Alors j’ai pensé à quelque chose de particulier, à un chemin de vie à accomplir, à un parcours initiatique….
Pour la troisième rechute, j’ai pensé à une situation devenue une certaine forme de « normalité ».Je me suis peut-être moins méfié.


On le sait, le soutien des proches est essentiel dans le combat contre le cancer. Raconte-moi la place que tient ta famille dans cette traversée imprévue.

Elle a toujours été le premier tuteur de résilience. On se comprend, on se questionne, on se sait, on se devine, on se comprend. J’ai voulu écrire un texte sur les aidants. Imaginez-vous comme choisir les mots a été difficile ! Sans compter qu’ils dépendent bien des différents environnements…


Chez Skin, on accompagne « l’après », on parle du « parcours de soi après le parcours de soins », de « cicatrisation psychique et émotionnelle ». Pour autant, notre association suit des personnes qui vivent de longues années AVEC le cancer. Toi, Philippe, qui connais les montagnes russes avec ce fichu cancer, comment te situes-tu dans ce « pendant après » ? Comment parviens-tu à te réinventer en permanence, à cicatriser ?

Il y a deux façons de voir la vie : le verre à moitié vide et le verre à moitié plein. Se réinventer c’est plutôt être dans le second camp. Une de mes leucémies m’a provoqué un handicap physique. J’ai tout de suite commencé à chercher comment vivre avec, plutôt qu’à attendre d’en être guéri pour continuer à vivre.


Tu es l’un des premiers (et rares !) hommes à être entré chez Skin pour bénéficier d’un accompagnement artistique. Je m’aperçois cependant que vous les hommes, vous êtes bien moins enclins à exprimer vos émotions, à lâcher prise, à vous montrer vulnérables ;-) Est-ce une réalité ? Comment le vis-tu, toi Philippe ?

Peut-être quand-même que si l’on rentre dans ce genre d’association, on est prêt à s’ouvrir un peu, non ?…


C’est au professionnel que je m’adresse maintenant. Tu es l’auteur de plusieurs livres et l’écriture est ton dada. De fil en aiguille, chez Skin, tu es d’ailleurs passé de bénéficiaire à coach bénévole d’un atelier écriture. Ton atelier a été plébiscité par nos Femmes Skin. J’ai du reste moi-même participé à l’une de tes séances et j’ai adoré. Parle-nous des bienfaits de l’écriture. 

J’ai conçu les ateliers d’écriture Skin comme des boîtes à outils, des moyens de s’exprimer sur des lieux, des personnages, des thèmes divers et variés, évitant ainsi l’écueil de raconter sa maladie et de risquer le pathos. Les fidèles ont bien compris qu’après cette montée en compétence dans l’écriture, on pouvait en faire ce qu’on voulait…


Chez Skin, avant de nous intéresser à la création et au beau, nous nous intéressons d’abord à l’autre, au partage, au lien. Je répète souvent que l’une des fonctions premières de l’artiste Skin est de rompre l’isolement qui suit les traitements, de déculpabiliser le patient à l’idée de se sentir mal alors que les médecins le déclare guéri (ou du moins ‘en rémission’… le vilain mot).
Toi qui es à la fois patient et artiste, tu sais à quel point recréer du lien est important. Comment abordes-tu les bénéficiaires de ton atelier écriture ? As-tu noté une transformation au fil des séances ? Raconte-nous.

Au début, le sentiment qui prédominait, c’était la curiosité. « Par quel bout va-t-il prendre son sujet ? » J’ai commencé par « décrivez-moi un enquêteur », ensuite il y a eu des « décrivez-moi un jardin fantastique », et puis on a travaillé le suspense avec « l’interphone sonne ». Et puis il y a eu autant de thèmes, donc autant de cartes en mains, que de séances. Mais la vie a imposé une pause….

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ».
S’agissant de ton art, que t’inspire cette citation de Paul Klee ?

Ecrire permet de s’approprier ses maux, de clarifier et distancier son vécu. Mais aussi de se trouver, de se libérer et peut-être de se soigner, sous la forme d’une connexion complémentaire aux soins conventionnels. C’est un support pour un cheminement intérieur, dans l’après-cancer tout particulièrement.


Quelle est ta définition de la résilience ?

C’est un peu le mot « tarte à la crème » ces temps-ci, mais retenons que c’est d’abord faire face et puis ensuite transformer l’épreuve en quelque chose de positif. C’est ce que j’ai fait avec la chaîne Youtube gratuite que je co-anime avec une femme éclairante et destinée à aider ceux qui sont confrontés à la maladie 

Et celle de la créativité ? 

Proposer un autre regard

Merci Philippe pour le temps que tu m’as consacré. Je te souhaite de sortir très rapidement de l’hôpital et de pouvoir profiter librement de l’amour des tiens.
Philippe Gourdin, vivre avec la maladie